>
Vous lisez
Art, bakou, culture, Sorties, Tourisme

Zoom touristique : Icheri Shahar, la ville intérieure


Icheri Shahar, la ville intérieure

 

c

Cité fortifiée se dressant au cœur de la tumultueuse capitale de l’Azerbaïdjan, Icheri Shahar est très faussement traduit par Vieille Ville en français, ou encore old city en anglais. Mieux aurait-il valu utiliser la traduction ville intérieure, et c’est exactement ce qu’elle est. Joyau des siècles passés, elle se dresse fièrement et expose ses trésors au nez de la mer Caspienne. Elle résiste à la pression de la ville extérieure, Bayir Shahar, la ville du XIXè siècle débordant de ses murailles.

c

Le but ici n’est pas de vous fournir la liste exhaustive des sites remarquables, nous avons dû procéder à des choix. Vous trouverez à la fin de cet article un plan de la ville vous permettant de retrouver les monuments décrits ainsi qu’une chronologie simplifiée permettant de repérer les périodes ou événements cités.

c

L’histoire de cette cité recèle des mystères qui pour certains le resteront. Saviez-vous qu’entre ses murs se dressaient trois églises? Qu’à la prise de la ville par les Russes en 1806, elle comptait 28 mosquées, 9 caravansérails, un bazar, 12 écoles religieuses et un système de double-muraille? Qu’elle compte actuellement trois monuments inscrits à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis décembre 2000?

v

Suivez-nous, passez les doubles-portes et découvrez les merveilles de la ville intérieure.

c

Sur les traces de Zoroastre : la mystérieuse Tour de la Vierge

.

La Tour de la Vierge : temple zoroastrien ou tour défensive médiévale?

V

Des traces d’une occupation paléolithique ont été localisées dans la partie sud d’Icheri Shahar. Cependant, aucune source écrite ne nous permet de tracer avec précision l’histoire de la ville avant le IXè siècle. Le seul monument qui semblerait lié à la période antique serait la tour de la vierge, Qiz Qalazi en azerbaïdjanais. Mais aucune datation consensuelle n’a pu être établie concernant sa construction.

C

Photographie tirée du site azer.com

Elle mesure 30 mètres de haut, dispose de 8 étages et ses murs comptent 5 mètres d’épaisseur à sa base pour atteindre 4,5 mètres à son sommet. Elle semble avoir été construite en plusieurs étapes. Certains historiens considèrent que la partie la plus ancienne daterait d’entre le VIème et le IVème siècle avant JC. Plusieurs éléments favorisent cette datation : la différence entre les pierres utilisées pour la construction même de la tour, celle avec les pierres utilisées pour les bâtiments médiévaux l’entourant et enfin sa forme inhabituelle. Si vous regardez attentivement la base de la tour, vous pourrez observer des discontinuités qui indiquent une structure plus ancienne que le reste de l’édifice.

 

 

 

Buta – symbole du feu

Sa forme également plaide pour une datation antique. En effet, vue du ciel, elle a la forme d’une buta, le symbole du feu, largement utilisée dans la religion zoroastrienne. Elle aurait pu avoir plusieurs fonctions différentes. La plus communément admise est celle de temple. En effet, les coupoles, formant le plafond de chacun des 8 étages, sont toutes percées au même endroit. Ces trous devaient recevoir une tuyauterie permettant l’acheminement de gaz  au sommet de la tour. Le sommet était ainsi percé de 7 orifices permettant à 7 flammes de s’élever vers le ciel. Le temple aurait été consacré au culte des déesses Mitra et Anahita. La tour aurait également pu être utilisée comme temple silencieux. On y aurait placé le corps des défunts au dernier étage afin qu’ils soient dévorés par les rapaces. Puis les ossements, du moins ceux des notables, auraient été conservés à l’intérieur de la tour. La tradition zoroastrienne interdisait l’inhumation des corps afin d’éviter la contamination de la terre. A chaque époque ses rites funéraires…

c

La Tour vue du ciel

 

c

Inscription kufique

c

Cependant, cette origine est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Pour beaucoup, la tour est médiévale. Les historiens favorables à cette thèse s’appuient sur une inscription, en caractères kufiques et datée du XIIè siècle, se trouvant à 14 mètres de hauteur. Elle rapporte ces paroles :  « tour de Masud, fils de Davud ». Masud semblerait avoir été l’architecte à l’origine de la construction. Cependant, les pierres entourant cette inscription sont plus sombres. Il apparaît donc que la tour a sûrement été agrandie ou modifiée à cette époque par ce-dit architecte.

v

A l’origine, elle était construite sur le front de mer et faisait partie intégrante du système de fortification. Mais c’était une tour de défense passive qui servait à mettre à l’abri une partie de la population, les femmes certainement, en cas d’attaque. D’où peut-être le nom de Tour de la vierge pour mettre l’accent sur son inviolabilité. Un puits à l’intérieur même de la tour permettait l’autosuffisance en eau des assiégées. De récentes fouilles ont mis à jour un réseau de sous-terrains, dont certains reliant le palais des Shirvanshahs à la Tour de la Vierge. Certains historiens en sont venus à la conclusion que la tour aurait pu servir de refuge à la famille régnante en cas d’attaque. Elle aurait également pu servir d’observatoire. Apparemment, les fenêtres perçant sa façade indiquent la direction de plusieurs étoiles, favorisant ainsi leur observation. Une dernière et énième version rapporte sa fonction de phare indiquant l’entrée du port de Bakou.

V

C’est donc bien une tour entourée de mystères. Elle est également à l’origine de nombreuses légendes.

v

La tour des légendes

V

Une vingtaine de légendes différentes courent autour de la construction de la Tour. Elles tournent toutes autour de la figure centrale d’une jeune-fille. Nous ne vous donnerons qu’une seule, avec ses différentes variantes. Vous allez voir que notre peau d’âne ou Juliette Capulet auraient pu être azerbaïdjanaises…

Un shah serait tombé amoureux de sa fille. Cette dernière, pour gagner du temps et le dissuader, aurait demandé à son père de lui construire une tour en gage de son amour. Une fois cette dernière érigée, constatant que son incestueux de père n’avait toujours pas changé d’avis, elle se serait suicidée en se jetant dans la mer du haut de l’édifice (la mer Caspienne venait à l’époque lécher les pieds de la tour.)

Une autre variante raconte que la jeune-fille avait un prétendant. Ce dernier, une fois appris la mort de sa promise, décida de se venger en tuant le père. Mais il découvrit avant de commettre ce crime d’honneur que la fille n’était pas morte et avait été secourue par des sirènes. Il la retrouva et l’épousa.

Le ballet « La Tour de la Vierge »

La figure de la vierge a largement été reprise dans la littérature azérie. Un ballet écrit en 1940 par  Afrasiyab Badalbeyli reprend le thème en modifiant la version. Le roi de Bakou rentre de la guerre et découvre qu’il a eu une fille au lieu d’un garçon tant espéré. Furieux, il ordonne qu’on la tue. Sa nounou la sauve et la cache dans un village voisin. 17 ans plus tard, le roi se promène aux abords du village et rencontre sa fille dont la beauté est éclatante. Il en tombe amoureux sans savoir qu’il est son père et décide de l’épouser. La fille, déjà fiancée, le repousse en vain. Ce que Roi veut, Roi obtient… Le jour du mariage, le fiancé tue le père et monte en courant les marches de la tour où elle est enfermée pour la récupérer. Elle entend des pas dans l’escalier et croit que c’est son père qui arrive. Elle se jette alors dans la mer pour se tuer.

c

c

Ces légendes dont l’inceste est le thème central semble démontrer une origine pré-islamique de la Tour. Elle aurait vraisemblablement été construite vers le VIème siècle, puis agrandie au XIIème. Aucune source écrite ne le prouvant, il est impossible d’affirmer quoi que ce soit. Les mystères resteront des mystères. A vous de vous faire votre propre opinion.

v

Une origine antique de la ville est certaine, bien qu’aucun bâtiment ne puisse formellement y être relié. La majeure partie des édifices remarquables de la cité datent de l’époque médiévale, quand Bakou était la capitale des Shahs de Shirvan. 

c

Une ville de pouvoir : des Shahs Shirvan aux Khans de Bakou

c

 

Le palais des Shahs Shirvan

c

Ce palais fut construit au XVème sur la base d’un petit palais préexistant du XIIème siècle. Il fut le siège du règne des Shahs de Shirvans (jusqu’à leur éviction par les Safévides en 1501). Les Shahs avaient pris la décision au XVème siècle de définitivement transférer leur capitale depuis Shamakhi. La raison la plus communément admise est un tremblement de terre qui détruisit grandement la cité.

Le site présente 5 espaces séparés sur 3 niveaux différents. Le premier niveau était le niveau cérémoniel, le deuxième celui privé et enfin le dernier était occupé par le hammam.

v

Le complexe

v

Le premier niveau 

v

Nous trouvons en entrant le palais princier. Il fut construit en 1411 par le Shah Ibrahim 1er (1382/1417). Le bâtiment à l’origine était surmonté de 9 coupoles couvertes de tuiles bleues. Plus rien ne subsiste de la grandeur du palais originel. La ville fut prise par les Safévides en 1501 et mise à sac, les habitants forcés de se convertir au chiisme. Le shah Farruh-Yessar fut brûlé vif. Le palais quant à lui fut entièrement saccagé, le trésor des Shahs dérobé. Puis, en 1723, la ville tomba aux mains des armées du Tsar Pierre le Grand. Une partie du toit fut alors détruit lors des combats et les coupoles défoncées. Le palais n’en avait pour autant pas terminé avec ses malheurs. En 1828, il fut transformé en caserne et l’intérieur fortement abîmé.

Le palais avant les restaurations.

v

v

Une première restauration fut entreprise en 1930 : un toit plat fut construit en place des anciennes coupoles. Il aura fallu attendre 2004 pour que l’on restaure sérieusement l’ensemble. Une coupole sur les neuf fut réédifiée. Actuellement, le palais présente deux étages comprenant chacun 25 pièces. Le rez-de-chaussée était le niveau reservé à la domesticité et la famille régnante occupait le premier étage, d’où les larges fenêtres à shebeke que vous ne retrouvez qu’à cet étage. La pièce majeure de ce palais est la salle du trône. Le reste est constitué d’un dédale de petites pièces où vous trouverez des expositions de différents objets sortis des fouilles entreprises lors de la restauration du palais.

b

b

v

Ce diaporama nécessite JavaScript.

v

En sortant du palais, vous trouverez sur votre droite le divankhanat, construit au XVème siècle sous le règne de Farruh-Yessar (1465/1501). Ce bâtiment servait apparemment pour des cérémonies officielles ou des réunions du conseil. Cependant, cette utilisation, au vue de la petitesse du bâtiment, ne fait pas l’unanimité. Une autre version lui confère le rôle de tombe ou de crypte, celle construite pour Farruh Yessar. Ce dernier étant mort brûlé vif par les Safévides, ce mausolée n’occupa jamais sa fonction originelle.

v

Ce diaporama nécessite JavaScript.

v

En sortant du divankhanat, vous continuez votre visite par celle du mausolée de l’astronome Seyyid Yahya Bakuvi, appelé aussi Mausolée du derwish. Bakuvi était un érudit royal de la cour du shah Khalilullah (1417/1465), Il mourut en 1464 et fut enterré dans le palais. Une autre version relate que ce tombeau serait celui d’un derwish qui aurait été le muezzin du palais sous Ibrahim 1er, prédécesseur de Khalillulah. La bâtiment en lui-même est composé de la tombe dans la partie souterraine, puis d’une salle haute pour les cérémonies.

v

v

Vous pourrez remarquer jouxtant le mausolée les restes d’une mosquée, celle de Key Gubad. Elle fut édifiée au XIVe siècle. Malheureusement détruite lors des émeutes de mars 1918, il n’en reste que deux colonnes et une arche. En mars 1918, les Bolsheviks imposèrent par le sang « la commune de Bakou « , aidés du Dashnak arménien. Des massacres furent perpétrés dans la ville. Des traces de ces combats sont également visibles dans la cour d’entrée du palais. Vous pouvez voir de nombreux impacts de balles sur les murs extérieurs. Sur la photo ci-dessous, datant d’avant 1918, vous pouvez remarquer, à droite du palais, la mosquée, jouxtant le mausolée de Bakouvi (facilement identifiable avec son toit conique).  Vous pouvez également remarquer l’absence de coupole sur le toit du palais en lui-même.

c

Au même niveau vous trouvez des fragments de la citadelle oubliée de Sabayl. Il s’agit des restes d’une citadelle fortifiée du XIIIe siècle. Elle se trouvait sur une île dans la baie de Bakou. En 1306, un fort tremblement de terre causa une élévation du niveau de la mer, et l’île sur laquelle elle se trouvait fut submergée. La citadelle, sous les eaux, s’effondra et fut oubliée. A partir de 1722, le niveau de la mer commença à baisser et l’île réapparut. De 1939 à 69, des fouilles sous-marines furent entreprises dans la baie et les restes furent sortis des eaux. Ce sont ces derniers que vous pouvez admirer dans la cour. Vous pouvez également pénétrer dans une série de salles au rez-de-chaussée du palais par une porte depuis cette cour. Rien ne l’indique, donc n’hésitez pas à ouvrir les portes… Vous y trouverez une exposition consacrée à la-dite citadelle.

v

Ce diaporama nécessite JavaScript.

v

Deuxième niveau

c

En quittant la cour, vous trouverez un escalier sur la gauche qui vous mènera au deuxième niveau. Deux bâtiments sont à noter, le mausolée royal et la mosquée du palais.

 

La construction du mausolée royal fut ordonnée en 1435 par Khalulillah pour y enterrer sa mère Bika et son fils Farukh Yamin. A l’origine, la coupole coiffant le toit était recouverte de tuiles bleues. En entrant, vous trouverez deux petites pièces sur les côtés qui servaient à accueillir les mollahs. Vous compterez six tombeaux car à sa mort, la dépouille du shah y fut également placée, ainsi que celles de ses autres fils et d’un cousin. Les tombeaux actuels ne sont pas d’origine, les sarcophages ayant été saccagés lors du sac de la ville par les troupes safévides en 1501. Cependant, les corps sont bien à l’intérieur.

v

Ce diaporama nécessite JavaScript.

v

La construction de la mosquée du palais date de 1441. Elle fut ordonnée par Khalulillah. Elle compte trois entrées, une principale pour les hommes, et deux entrées latérales. Une de ces entrées donnant sur la fontaine aux ablutions était celle réservée aux femmes. Elle permettait de pénétrer dans la salle qui leur était destinée. Force est de constater le manque de faste de ce lieu de culte. Les différentes destructions qu’a subies le palais peut être un début d’explication. Cette mosquée devait également servir à l’usage privé de la famille princière et ne servait peut-être pas de mosquée d’apparat.

v

Ce diaporama nécessite JavaScript.

v

Troisième niveau 

v

Ce niveau est occupé uniquement par le hammam du palais. Oublié et enseveli, il fut excavé en 1939 lors de fouilles. Il date du XVe siècle et comptait 26 pièces. La moitié du bâtiment était en sous-sol pour maintenir une température idéale toute l’année : fraîche l’été, chaude l’hiver.

c

 

Les murailles de la ville

c

Les murs que vous pouvez admirer enlaçant la vieille ville datent du XIIème siècle. Une gravure en écriture kufique fut retrouvée lors d’une restauration permettant une datation précise. Elle dit :  « La construction de ce mur a été ordonnée par le Shah Shirvan Abdul Khoja Manujohr « . Ce dernier régna de 1120 à 1149.

Un deuxième mur, aujourd’hui disparu, fut construit en 1608-1609, pendant le règne du Shah Abbas de la dynastie Safévide. Le Shirvanshah tomba aux mains des troupes Safévides de 1501 à 1585, puis de 1607 à 1723. Un espace de plusieurs mètres séparait les deux constructions. Il est dit qu’en cas d’attaque, cet espace aurait pu être comblé par de l’eau pour renforcer l’inviolabilité de l’ensemble. Sur le front de mer, le premier mur ne fut jamais doublé. La deuxième muraille se prolongeait dans la mer, formant ainsi un port naturel où les bateaux pouvaient paisiblement mouiller.

La destruction du second mur fut décidée en 1872, sous l’autorité de la Russie tsariste. Il fallait permettre à la ville de grandir, et pour cela faire place net. En mémoire de ce mur disparu, une deuxième porte fut percée dans la première muraille, et la porte du second mur fut déplacée à cet endroit. C’est ce que les Bakinois appellent les double-portes à l’heure actuelle. La porte ajoutée se repère aisément, ses pierres sont plus claires, les pierres du second mur étaient plus récentes que celles du premier. Cette porte se nomme « la porte du Shah Abbas », et l’autre « la porte de Shamakhi ». Les créneaux tels qu’ils sont actuellement sont le fruit d’une restauration à l’époque soviétique.

 

c

c

Au dessus des portes, vous pouvez admirer les anciennes armes du Shirvanshah : un buffle entouré de deux cercles ainsi que 2 lionnes. Le buffle représente Bakou. A cause d’un climat peu favorable aux cultures, les premiers habitants se sont naturellement tournés vers l’élevage. Les deux cercles autour du buffle sont le symbole de la lune et du soleil. Quand aux lions, ils représentent les remparts. Le sens de ces armes est : les remparts protègent la ville de jour comme de nuit.

 

c

Le palais des khans

c

Bakou fut le siège d’un Khanat semi-indépendant de l’Empire Perse de 1735 à 1806. Le palais des Shahs ayant été fortement endommagé, les khans ne s’y sont pas établis. Ils disposaient d’un palais aux abords des double-portes actuelles. Il était composé de trois bâtiments pour le khan et sa famille ainsi qu’un jardin enchanteur comportant même une piscine.

La ville fut prise plusieurs fois par les troupes russes, notamment en 1805 par celles du général Tsitsianov. Lors d’une cérémonie où le khan Quli devait lui remettre officiellement les clefs de la ville, le général fut assassiné, certainement par des cousins du khan, non loin des double-portes. Dès lors, les habitants se ruèrent sur les soldats russes alors qu’ils ne s’y attendaient pas. Les troupes repartirent dans la débandade. La tête de Tsitsianov fut alors séparée du reste de son corps et envoyée au Shah de Perse en signe de fidélité. Le Khan de Bakou espérait ainsi s’assurer de son soutien. Malheureusement, ceci ne se produisit pas et les Russes revinrent l’année suivante avec à leurs têtes le général Bulgakof. Le khan Quli n’eut d’autre choix que de s’enfuir. Un monument à la mémoire du général Tsitsianov fut érigé devant les double-portes. Détruit à l’époque soviétique, c’était un monument à la gloire de l’armée du tsar, cet événement fut complètement occulté, si ce n’est éliminé, de l’historiographie officielle jusqu’à la chute de l’URSS.

Du palais des Khans ne subsiste que le portail et la mosquée. Dès 1806, des garnisons occupèrent les lieux, l’endommageant fortement. L’état de l’ensemble est fort délabré. Des fouilles ne semblent pas être sur le point d’être entreprises.

c

La ville intérieure de Bakou est donc bien un lieu de pouvoir que les différents maîtres de la cité exercèrent : Shirvanshahs, Safévides, Ottomans, Russes… Elle fut également une ville d’accueil sur la route de la soie. De nombreuses traces de la vie des habitants qui firent sa renommée demeurent. 

c

Une ville aux confluences des routes marchandes et religieuses

v

Les lieux de culte

c

A l’arrivée définitive des Russes en 1806, la ville comptait 28 mosquées. A l’heure actuelle, il ne reste qu’une petite vingtaine d’entre-elles.

Nous n’allons vous présenter que les deux principales mosquées : la mosquée Juma et Siniqqala.

La mosquée Juma fut édifiée sur le site d’un temple zoroastrien au XIIème siècle. Elle fit l’objet de nombreuses restaurations, notamment au XIVème. Son aspect actuel est l’oeuvre du marchand philanthrope Dadashov qui fit totalement reconstruire la mosquée en 1899. Seul le minaret datant de 1437 est d’origine. Le bâtiment subit des dommages importants à l’époque soviétique où il fut transformé en musée du tapis. Staline, de 1928 à 1940, lança une politique anti-religieuse. A Bakou, des joyaux furent démolis : la cathédrale orthodoxe Alexandre Nevski, la mosquée Bibi Hayat, la cathédrale catholique de l’immaculée conception de la sainte vierge Marie et d’autres… La mosquée fut entièrement restaurée dans les années 2000.

v

v

Un autre édifice religieux, la mosquée Siniqqala, fut ajoutée à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle est également nommée mosquée Muhammad, du nom de son constructeur, Muhammad Abubakr Oglu, en 1078. Son surnom, Siniqqala, signifie tour cassée. Cela est dû à l’histoire du bâtiment. Lors de la prise de la ville par les troupes de Pierre le Grand en 1723, elle fut bombardée. Le tsar convoitait le port de Bakou car il souhaitait conquérir la Perse, il lui fallait se rendre maître de la Caspienne. Une troupe, menée par l’amiral Matioushkin et composée de 13 vaisseaux, vint assiéger la ville. Ils envoyèrent un ultimatum à la ville qui le refusa : se rendre ou subir l’assaut. Un bombardement acharné commença et le minaret de la mosquée fut atteint (c’est également à cette occasion que le toit du palais des Shahs fut démoli). Alors que la ville était sur le point de tomber, une tempête se leva et la flotte du tsar fut rejetée au large. Les habitants prirent alors cela pour un présage divin et entamèrent de reconstruire les remparts. Au bout de quelques jours, le vent s’étant levé, la flotte du tsar réapparut et un nouvel ultimatum fut lancé. C’était un coup de bluff car leur stock de munitions était presque vide. Cependant, la ville décida de se rendre, craignant que les réparations trop fraîches des remparts ne puissent supporter un nouvel assaut. La ville fut ainsi prise. Les habitants décidèrent de ne pas réparer le minaret et de le conserver ainsi en mémoire de leur résistance. Il ne fut restauré qu’au XIXème siècle, tout comme le reste de la mosquée. Elle ne comptait alors qu’un seul étage. Un deuxième fut rajouté au début du XXème siècle.

v

Ce diaporama nécessite JavaScript.

v

Une église datant du XVIIème siècle se trouvait à l’intérieur des remparts de la Vieille Ville. Elle était consacrée à la Sainte Vierge. Elle se tenait entre la tour de la Vierge et le Caravansérail à deux étages. Sur la photographie de la ville en noir et blanc ci-dessous, on peut clairement observer le dôme et le clocher devant la tour de la Vierge.

c

Les caravansérails et les hammams

c

Le ville se trouvant sur la route de la soie, elle devait non seulement offrir des lieux de culte à ses habitants, mais également des lieux de repos pour ses hôtes de passage. De nombreux caravansérails furent donc construits. Trois sont particulièrement à noter.

Le plus ancien est le caravansérail Multani. Il date du XIVème siècle. Il était spécialisé dans l’accueil des voyageurs indiens venant de la cité de Multan, en actuel Pakistan. En face se trouve le caravansérail Bukhari qui date lui du XVème siècle. Sa spécialité était l’accueil des voyageurs et commerçants de Bukhara en actuel Ouzbekistan. Leur plan est similaire : une cour intérieure pour les animaux et des cellules disposées autour de cette cour. C’était en quelque sorte les ancêtres de nos actuels motels. Le dernier que nous allons vous présenter est le caravansérail de Gasim Bay, du nom de la personne responsable de sa construction. Il date du XVIIème siècle et a la particularité d’être le seul de la ville à compter deux étages. Sa cour est de forme octogonale tandis que la bâtiment est lui rectangulaire. Les voyageurs venus de la mer avaient l’habitude d’y séjourner. Il faisait partie intégrante du système de fortification. On pouvait y accéder directement depuis les remparts par une des deux portes de l’établissement située côté mer. Ces caravansérails furent tous transformés en restaurant ou salon de thé à l’heure actuelle. Le caravansérail de Gasim Bay accueille lui des magasins de souvenirs et de tapis en plus.

Nous vous déconseillons fortement de vous restaurer dans un des ces établissements, véritable piège à touristes ou votre addition gonflera de manière démesurée sans même que vous n’y prêtiez attention, sauf au moment de recevoir la note… Seule la beauté des bâtiments vaut le détour.

c

c

Une fois installés, les voyageurs devaient passer au hammam, tout comme les habitants de la cité. Certains sont actuellement encore en service. En face de la tour de la vierge se dresse encore par exemple le hammam de Hadji Bani qui date du XVème siècle. Ce dernier resta enseveli jusqu’à l’année 1964 où des fouilles furent entreprises autour de la Tour de la Vierge. Le bâtiment fut alors excavé et restauré. Actuellement s’y trouve l’enseigne Abad qui ne propose à la vente que des produits d’artisans azerbaïdjanais, le « fabriqué en Chine » y est prohibé. La vieille ville compte encore d’autres hamams, comme celui de Gasim Bey datant du XVIIème siècle. Il accueille aujourd’hui un musée de l’herboristerie. Ce hammam, à l’époque où il était en fonction, était surnommé par les Bakinois « Shirin », ce qui signifie pâtisserie. En effet, il avait la particularité de servir un thé accompagné de sucreries à ses clients.

c

c

La place du marché

c

Situé au pied de la tour de la Vierge, une place a été excavée lors des fouilles de 1964. L’endroit était resté inconnu et était surmonté d’un bâtiment. Cette place date du XVIème siècle. Sa fonction la plus communément admise est celle de place du marché. Cependant, 50 tombes ont été retrouvées lors des fouilles. Il semble étrange que des personnes se soient fait inhumer sur la place du marché. Des chercheurs considèrent de ce fait que c’était probablement un lieu sacré qui servait aux prières. Se faire enterrer près d’un lieu saint était considéré comme un privilège. Sous les arcades, des fragments de la forteresse de Sabayl sont également exposés.

c

c

Nous avons donc présenté une partie des bâtiments que les Russes trouvèrent à leur arrivée définitive en 1806. Dès lors, la ville ne cessa de s’agrandir, sortant de ses remparts. Même la ville intérieure subit des transformations. 

c

Les transformations de l’époque contemporaine

c

Les églises orthodoxes

c

Une fois les Russes installés en 1806, il fallut construire des lieux de culte pour la communauté orthodoxe qui commençait à affluer. Une mosquée fut d’abord transformée en église, mais cette solution ne pouvait qu’être provisoire. La construction d’un véritable édifice religieux s’acheva en 1857 sur un emplacement très proche des double-portes : l’église Saint-Nicolas. Elle était haute de 45 mètres et de style géorgien. Malheureusement, elle fut en partie détruite par les Soviétiques en 1930, tout comme de nombreux autres édifices religieux dans la ville. Seul le premier étage demeure. Il n’est plus possible de reconnaître une église dans la configuration actuelle du bâtiment.

c

 

Une autre église orthodoxe fut érigée en 1892 : l’église Saint Bartolomé. Elle jouxtait la Tour de la Vierge dans sa partie nord. Elle connut le même sort que sa consœur et fut démolie en 1936. Actuellement, les fondations ont été mises à jour et vous pouvez les admirer.

L’église Saint Batholomé

c

Les palais

c

Le palais Taghiyev

c

Zeynalabdin Taghiyev

Zeynalabdin Taghiyev (autour de 1821/1924) était un riche industriel qualifié de magnat du pétrole. Issu d’une famille pauvre de la Vieille Ville, son père y était cordonnier. Ce dernier mourut quand Taghiyev était jeune-homme, lui laissant la charge de nourrir sa famille. Il devint alors maçon puis fonda ensuite sa propre entreprise de maçonnerie avec deux associés alors qu’il n’avait que 18 ans. Après le boom pétrolier des années 1870, lui et ses associés décidèrent d’acquérir un terrain à Bibi Eybat en 1873, espérant y trouver un filon. La tâche ne fut pas aisée et ses associés se retirèrent de l’affaire. Taghiyev ne perdit pas espoir et continua les prospections. Il trouva enfin un filon en 1877, sa fortune était faite.

Grand philanthrope, il finança entre autre la construction de nombreux bâtiments à Bakou : l’opéra-ballet, le théâtre de comédie musicale, le premier pensionnat laïc pour jeunes-filles musulmanes, la première traduction du coran en azéri. Il distribua de nombreuses bourses d’étude pour des étudiants azéris. De même, il participa en partie au financement de la construction de la cathédrale Alexandre Nevski, aujourd’hui disparue, détruite par les Soviétiques en 1937.

A Bakou, sa résidence principale était située non loin du Bulvar, à l’extérieur de la Vieille-Ville. Elle est demeurée intacte.  En effet, à l’arrivée de l’armée rouge à Bakou en 1920, il fut le seul industriel à être épargné par les expropriations. Il offrit son palais aux Soviétiques qui le transformèrent en musée. C’est aujourd’hui le musée d’histoire nationale. Vous pouvez toujours visiter les appartements de Taghiyev qui ont été entièrement restaurés. Il était très respecté par la population. Il eut le privilège de choisir la demeure ou il allait résider et termina ses jours dans sa résidence de Mardakan. A sa mort, sa famille par contre fut expulsée.

Au sein de la Vieille Ville, il s’était également fait construire un palais magnifique, dans le secteur des double-portes. Malheureusement, il fut entièrement dynamité dans les années 50 et un bâtiment de type soviétique fut construit à sa place.

c

c

Taghiyev multiplia également beaucoup ses investissements, ne voulant se contenter du secteur pétrolier : textile, alimentation… Il possédait également de nombreux immeubles qu’il louait. Après la destruction de la seconde muraille, le vide laissé fut vite comblé par des constructions. Taghiyev y fit édifier des magasins. Cependant, il eut beaucoup de mal à les louer, jugés trop éloignés des portes principales par les commerçants de la Vieille Ville. Qu’à cela ne tienne, il obtint l’autorisation de percer une nouvelle porte qu’il finança entièrement. Dès lors, ses magasins purent se louer facilement. Ils sont désormais détruits. Les Soviétiques les rasèrent dans les années 1930 afin de prolonger les espaces verts de la place des Fontaines. La porte, elle, demeure toujours.

c

c

Le palais Hajinsky

c

Issa Bey Hajinsky était un riche magnat du pétrole qui vécut de 1862 à 1918. Contrairement à ses acolytes Taghiyev, Naghiyev, Assadoulayev ou encore Mukhtarov, il ne naquit pas pauvre mais appartenait à une riche famille noble azérie. Il hérita directement d’un terrain où, heureusement pour lui, on découvrit un filon de pétrole. Il devint immensément riche. Il multiplia également ses investissements et possédait une raffinerie de kérosène, il investit également dans la production de caviar… Il fut le premier à importer une voiture à Bakou. Son frère Kazim Bay était lui aussi un riche magnat. Sa résidence fut construite par un architecte italien en 1912, le même qui construisit l’actuelle ambassade américaine.

Chaque façade possède son propre style, voir les mélange : gothique, baroque, art déco, nationale romantique… A l’origine, deux statues de lion gardaient la majestueuse porte d’entrée. Elles furent détruites lors des émeutes de mars 1918 à l’explosif. Fort heureusement pour lui, Hajinsky mourut avant l’arrivée des troupes soviétiques en 1920 et n’eut pas à céder sa demeure. Ses trois fils émigrèrent en France, seules sa femme et sa fille ne purent partir. Elles furent expropriées et finirent leur vie dans la misère. Une anecdote est à noter sur l’histoire de ce bâtiment à l’époque soviétique : le général De Gaule y aurait dormi dans la nuit du 26 novembre 1944. Il effectuait un voyage entre Téhéran et Moscou. Une plaque commémorative placée non loin de la porte d’entrée vous le rappelle.

Le bâtiment fut restauré en 2006 mais avec des erreurs par rapport à l’édifice originel. Des tuiles colorées recouvraient le petit dôme alors qu’à l’heure actuelle le gris domine. La porte fenêtre du deuxième étage était accompagnée d’un balcon triangulaire qui a aujourd’hui disparu. Enfin, le nom de Hajinsky, en caractères cyrilliques, se reflétait à plusieurs endroits de la façade à l’aide de mosaïques colorées.  Le célèbre guide Fuad Akhundov nous a un jour dit qu’il était dommage que certains architectes en charge des restaurations ne prennent pas la peine de chercher des photos anciennes de bâtiments avant d’établir leurs plans.

c

Ce diaporama nécessite JavaScript.

c

La résidence Ramazanov

c

Ce splendide bâtiment fut construit en 1895 pour le compte de Haji Ramazanov. Il appartenait à une grande famille de marchands connue depuis le XVIIIème siècle. Il fit construire sa résidence dans un pur style national romantique. En bon commerçant, il conçut sa demeure comme un investissement à faire fructifier. Au premier étage se trouvait une salle de théâtre, le théâtre Hermès. Il loua son deuxième étage en tant qu’appartement. Au troisième étage se trouvaient des bijouteries. Lui et sa famille n’occupaient que le dernier étage.

 

c

 

c

c

Nous en avons donc fini avec notre tour de la Ville Intérieure de Bakou. Ce tour est loin d’être exhaustif. Nous espérons qu’il vous donnera l’envie de flâner dans ses ruelles et de partir à la rencontre des trésors qu’elles cachent. 

c

c

Par Clémentine Haddad

c

Pour retrouver les monuments cités :

 

c

Pour vous repérer chronologiquement : 

d

Pour aller plus loin : 

Sur l’histoire des remparts, vous trouverez ici un article très détaillé écrit par Fuad Akhundov.

Pour une présentation des différents monuments, vous trouverez ici le site officiel de l’administration de la Vieille Ville.

Pour l’histoire de la Tour de la Vierge, vous pouvez consulter le site de l’UNESCO. Le site visions propose également un article assez complet. Cet autre article est également intéressant quoiqu’un peu daté.

Pour le palais des Shirvan Shahs, le site officiel est.

 

 

 

Publicités

Discussion

Pas encore de commentaire.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

JW Marriott

Vos activites Bakou Francophones

Bakou.fr sur facebook

Visa et permis de résident

Liste consulaire

Tous les articles

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :