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Zoom culturel : sur les traces des magnats du pétrole avec Fuad Akhundov


Sur les traces des magnats du pétrole

avec Fuad Akhundov

La saga Asadullayev

Peut-être vous êtes-vous demandé un jour à qui Bakou devait les somptueux bâtiments qui ornent son centre-ville et qui font sa beauté. Leurs bâtisseurs ont vu leur destin basculer au grès des tumultes de l’histoire. Ils ont traversé le siècle dernier comme des aventuriers qu’ils n’auraient jamais été s’il n’y avait eu une révolution. Formidables autodidactes, visionnaires et philanthropes de renom, ils ont transformé Bakou, lui donnant un charme et un particularisme dont peu de villes peuvent se targuer. Nous avons pu découvrir les mystères de certains de ces palais grâce au conférencier Fuad Akhundov. Il nous a permis aujourd’hui de vous dévoiler les secrets de l’hôtel particulier de la famille Asadullayev.

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Fuad Akhundov

Shamsi Asadullayev, des champs azerbaïdjanais aux fastes des palais moscovites, parcours d’un précurseur. 

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Shamsi Asadullayev et son hôtel particulier à Bakou

 

Un autodidacte de génie

Paysan originaire du village d’AmirjanShamsi Asadullayev  (1840-1913) connut la fortune grâce au boom pétrolier des années 1870. Les terres ancestrales de la famille furent vendues à l’homme d’affaire russe Vasily Kokorev. Il n’eut dès lors d’autre choix que de travailler pour ce dernier. D’abord simple employé dans les champs pétroliers de Surakhani, Shamsi gravit un à un les échelons jusqu’à devenir un homme clef de la compagnie pétrolière Kokorev.

En 1890, ses économies furent suffisantes pour lui permettre de devenir propriétaire de sa propre concession pétrolière. Il fonda alors sa compagnie et fut le premier à avoir l’idée d’utiliser des barges pour transporter son pétrole vers la Russie via la mer Caspienne. Il créa des raffineries le long de la Volga. Sa compagnie s’étendait alors de la Pologne à l’Iran. En 1908, elle comptait plus de 600 employés. Il n’hésita pas à prendre des risques et suivit l’exemple des frères Nobel en se dotant de trois tankers et en investissant dans la construction d’oléoducs.

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La fontaine Assadulayev de Surakhani

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Un grand bâtisseur 

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Ancien centre culturel tatar de Moscou

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Mosquée Taza pir

Philanthrope, il finança à Bakou la construction d’écoles, instituts et celle de la mosquée Taza Pir.  Il distribua de nombreuses bourses d’étude pour des étudiants azerbaïdjanais. Il aida également les communautés musulmanes russes en leur offrant des hôtels particuliers. Dans l’un d’eux se trouvait le centre culturel tatar de Moscou. A l’origine, il s’agissait d’une école pour les étudiants tatars. Il se fit construire un hôtel particulier à Bakou en 1903.

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Initiale de la famille sur les frontons de l’hôtel particulier de Bakou

 

Il acheta et transforma complètement un magnifique palais à Moscou en 1906.

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Palais Asadullayev – Moscou

Une vie familiale houleuse

Malheureusement, le talon d’Achille de Shamsi, les femmes, faillirent le mener à sa perte. Fou amoureux de sa maîtresse russe, Maria Petrovna Nikolayeva, il décida de l’épouser. Or, il était déjà marié et cela signifiait donc divorcer de sa femme azerbaïdjanaise avec qui il avait eu cinq enfants : Meiransa hanum. La vengeance de cette dernière fut immédiate, elle chargea un des employés de la compagnie de détruire de nombreux télégrammes importants concernant des commandes ou autres sujets sensibles. Ayant perdu de nombreux contrats et ayant à payer de trop nombreuses pénalités, sa compagnie fit faillite en 1910.

Il dut alors sa remise à flots financière à l’intervention des beaux-pères de ses fils : les riches pétroliers Nagiyef et Tagiyef. Il refit fortune et quitta l’Azerbaïdjan pour s’installer définitivement en Russie avec Maria. Il fit rajouter un codicille à son testament qui en disait long sur sa relation avec ses enfants. A sa mort, sa fortune ne serait partagée entre ses enfants et sa nouvelle femme qu’à la condition que ni lui ni Maria ne décèdent d’une mort violente. Dans le cas contraire, l’ensemble reviendrait à des œuvres de charité.  C’est à Yalta qu’il mourut en 1913, de mort naturelle…

Mirza Asadullayev, un homme au cœur de la tourmente historique. 

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Mirza Asadullayev (1875/1936)

 

Un veuf inconsolable

Il s’agit du fils aîné de Shamsi Asadullayev. En 1900, il épousa  Oum Oul Banun, la fille du magnat du pétrole azéri Musa Nagiyef. C’était pour Shamsi le meilleur moyen de développer ses affaires et de s’assurer de solides appuis. Nous avons vu à quel point son intuition lui a été salutaire. C’est naturellement que Mirza fut associé aux affaires familiales et il reprit la succession de son père à la mort de ce dernier en 1913.

Avec Oum oul Banun, il eut quatre filles. Malheureusement, elle mourut en mettant au monde la dernière, Banine, durant les massacres inter-ethniques de 1905. Elle souffrit d’une hémorragie post-partum, il ne put transporter sa femme à l’hôpital ni même faire venir un médecin. Inconsolable, il mit 12 années avant de retrouver les joies de la vie congugale. Il se remaria en 1913 avec Tamara Datieva, une ossète. Avec elle, il eut un fils, appelé du nom de son grand-père,  Shamsi.

 

Le cataclysme soviétique

L’avenue Azerbaijan en mars 1918

Quand la Russie tsariste s’effondra à la suite de la Révolution d’Octobre, Bakou fut le théâtre de batailles rangées entre communistes et partisans de l’indépendance. La ville fut mise à feu et à sang en mars 1918.  La famille échappa de justesse au massacre. Alors que les émeutiers semaient la terreur en ville, un voisin arménien vint taper à leur porte et se proposa de les recueillir chez eux. Ils quittèrent leur demeure en quelques minutes et ne la revirent jamais. Des fenêtres de leur refuge, ils assistèrent impuissants et terrorisés à la mise à sac de leur maison. Banine raconta plus tard que ce fut pour elle le jour qui marqua réellement la fin de son enfance. Elle assista à l’ensemble de la scène et ce qui la choqua le plus fut de voir les émeutiers détruire l’ours en peluche de son petit frère en le piétinant dans la rue. La famille fuit alors pour l’Iran.

La ville fut gouvernée par la « commune de Bakou » dirigée par Stepan Georgevich Shaumian, surnommé le « Lenine caucasien ». Cette commune tomba en mai 1918 assaillie par l’armée ottomane. Une nouvelle série de massacres eut lieu. Mirza et sa famille  ne revinrent à Bakou qu’une fois créée l’éphémère République Démocratique d’Azerbaïdjan en septembre 1918. Le palais fut restauré. Mirza se lança  dans une carrière politique et devint ministre de l’industrie et du commerce dans le troisième gouvernement de la République (décembre 1918-mars 1919). Il fut compromis dans une sombre histoire de corruption, ce qui conduisit à la démission du gouvernement dans son ensemble.

Le pire restait à venir pour la famille lors de l’invasion du pays par les troupes de l’Armée rouge en mai 1920. 

 

Armée rouge

L’armée rouge à Bakou en 1920

 

Mirza fut arrêté. Banine sauva alors la famille bien malgré elle. Mirza exigea d’elle le sacrifice de  se marier avec un marchand turc, certes riche, mais surtout horriblement laid et âgé. Ce dernier se proposait de les aider en leur offrant des passeports en échange de Banine. Elle était âgée alors de 15 ans. Elle accepta l’unique chance de pouvoir sauver sa famille.  Ils purent tous fuir l’Azerbaïdjan pour la Turquie dans un premier temps, et finirent leur périple à Paris. Banine quitta son mari à Istanbul et rejoignit sa famille en France. Elle y devint écrivain et publia une quinzaine de romans dont les plus célèbres demeurent Jours caucasiens et Jours parisiens. Elle ne se remaria jamais, sans doute traumatisée par sa première expérience. Ils obtinrent tous la nationalité française.  Mirza mourut à Paris en 1936. Banine s’y éteignit également en 1992. Elle n’émit jamais le souhait de revoir un jour l’Azerbaïdjan.

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Le palais Asadullayev : des mains des Soviétiques à l’abandon actuel

Durant l’époque soviétique, l’hôtel particulier fut divisé en différents appartements où furent logés des juges, des professeurs ou bien encore des généraux. Plus rien ou presque ne subsiste de l’intérieur du bâtiment originel. Des cloisons ont été rajoutées, les peintures ont été recouvertes… Seuls les bas-reliefs des vestibules ont été épargnés.

L’état actuel de la propriété est relativement navrant. Cependant, il demeure aisé de constater les fastes passés du palais en posant votre attention sur les détails de la façade. Vous pouvez, si vous êtes chanceux et si les portes sont ouvertes, y pénétrer et admirer les bas-reliefs sus-mentionnés. Nous vous conseillons de monter les escaliers qui cachent des trésors, mais en piteux état.

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Le palais se trouve non loin de la place des fontaines, à l’intersection des rues Gogol et Tolstoï :

carte article


Dans un prochain article, vous pourrez découvrir l’histoire de la famille Mukhtarov à qui l’on doit entre autre plusieurs palais de Bakou, dont la salle des mariages de la ville.

palais mukh

Palais des mariages, ancien palais Mukhtarov.


Fuad Akhundov, détenteur des secrets de Bakou

fuad

L’écriture de cet article n’a été possible que grâce à l’aide de Fuad Akhundov. Il est le gardien des secrets de Bakou. Né à Bakou en 1968, il se spécialise dans l’étude de la langue et littérature arabe à l’Université d’Etat de Sciences Orientales. Il a connu de nombreuses « vies » :  du service militaire au sein de l’Armée rouge à Moscou à professeur de littérature russe en passant par colonel au bureau central d’Interpol à Bakou… Il est également passionné par l’histoire et l’architecture pré-soviétiques bakinoises. Touche-à-tout infatigable, il est l’auteur d’une quarantaine d’articles sur le sujet. Fuad est également à l’origine du programme télévisé « les mystères de Bakou » qui a connu un immense succès en Azerbaïdjan. Il vit actuellement la moitié de l’année à Toronto au Canada. D’avril à fin septembre, il revient à Bakou où il donne une série de conférences et propose de nombreuses visites guidées de la ville.

« J’ai commencé par une admiration juvénile de ma ville natale et de ses rues luxueuses,
ses hôtels particuliers grandioses, me délectant du souvenir de ceux qui les avaient édifiés,
imaginant leurs vies. Je ne sais d’où je tiens le courage d’avoir fait le premier pas
dans cet univers inconnu et occulté. Ce pas m’a guidé vers la découverte des secrets
cachés derrière les murs de ces palais. J’ai réalisé alors qu’il n’était jamais trop tard
pour entrer dans les mystères de l’histoire de ma ville et des personnes
qui ont fait sa renommée. »

Fuad Akhundov

Si ce résumé vous a donné envie de participer à une visite guidée de la ville par Fuad Akhundov, vous pouvez contacter sa manager, Lala, au 050 672 76 26 . Elle vous donnera les renseignements concernant les horaires des visites en anglais. Vous pouvez également organiser votre propre visite, mais sachez que le prix est fixe, 450 AZN, peu importe le nombre de participants. Il peut organiser également des tours pour les enfants, il se déplace d’ailleurs souvent dans les écoles. Il ne fait ses visites qu’en russe ou en anglais. 

Voici ces circuits principaux, mais sachez que tout est possible et qu’il adapte systématiquement ses tours à son public et leurs centres d’intérêt :

  • Sur la trace des héroïnes Ali et Nino
  • La vieille-ville
  • La ville européenne, de la Philharmonie nationale au palais des Mukhtarov
  • La ville européenne, diversités ethnologiques
  • La ville européenne, des doubles portes de la Vieille Ville au Palais des Mukhtarov

Clémentine Haddad

Pour en savoir plus :

Sites en anglais

http://www.socarplus.az/en/article/405/agha-shamsi-asadullayev-entrepreneur-and-philanthropist

http://www.azerbaijans.com/content_760_en.html

http://www.azer.com/aiweb/categories/magazine/24_folder/24_articles/24_oilbarons.html

http://www.yarat.az/en/blog/1-day-to-go-night-at-the-museum-how-many-secrets-does-baku-have

https://en.wikipedia.org/wiki/Mirza_Asadullayev

https://en.wikipedia.org/wiki/Shamsi_Asadullayev

Sites en russe

http://lady.day.az/news/relations/540542.html

http://www.ourbaku.com/index.php/%D0%A1%D0%B5%D0%BC%D1%8C%D1%8F_%D0%90%D1%81%D0%B0%D0%B4%D1%83%D0%BB%D0%BB%D0%B0%D0%B5%D0%B2%D1%8B%D1%85_-_%D1%84%D0%BE%D1%82%D0%BE%D0%BB%D1%8C%D0%B1%D0%BE%D0%BC

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